Génocide arménien : le témoignage d'une famille de Laval
M. Khatchadourian porte autour du cou la médaille que tous les survivants ont reçu à Washington lors du 70e anniversaire du génocide.
Une Lavalloise d'origine arménienne a accepté de raconter à L'Écho comment son grand-père avait survécu au génocide et quitté son pays pour s'installer sur l'Île Jésus.
Garine Ohanian est la petite fille de M.Manoug Khatchadourian, un survivant décédé en 2007 à l'âge de 105 ans.
Histoire
M. Khatchadourian est né en 1902 dans l'actuelle Turquie. Orphelin de père, il vivait chez son oncle.
Lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, en 1914, il était encore étudiant et rêvait de devenir professeur.
Mme Ohanian explique que le gouvernement dit des «Jeunes-Turcs» avait peur d'une trahison de la minorité chrétienne des Arméniens et voulait un pays nationaliste. L'ordre a ainsi été donné de les anéantir et de les déporter dans le désert.
Le génocide a commencé le 24 avril 1915 quand des intellectuels arméniens d'Instanbul ont été tués.
Mme Ohanian raconte que ce même mois, dans le village de son grand-père, toutes les armes des Arméniens ont été saisies, l'école a été fermée et les professeurs ont été enlevés. Elle dit que tous les hommes de la ville étaient emprisonnés, que les habitants n'avaient pas le droit de sortir de chez eux et que la nuit, les soldats turcs amenaient des groupes d'hommes hors de la ville pour les décapiter.
C'est en juillet de la même année que la déportation a commencé.
La famille de M. Khatchadourian a vendu tous ses biens et acheté deux ânes. Ils ont essayé de déguiser son oncle en femme pour qu'il échappe aux soldats, mais ceux-ci ont fini par le démasquer.
Mme Ohanian raconte que les Arméniens devaient signer des lettres qui disaient qu'ils quittaient leurs terres volontairement.
«Les Arméniens quittaient non seulement leur maison, mais aussi leur histoire, là où ils avaient vécu pendant 3000 ans», dit-elle.
Sur la route, les caravanes étaient attaquées régulièrement et c'est lors d'une de ces attaques, alors qu'un homme essayait de l'étrangler que M. Khatchadourian a été sauvé par une femme kurde qui l'a adopté.
«Mon grand-père a échappé au génocide, mais il a dû renoncer à sa religion et à sa langue jusqu'à ce qu'il retrouve sa communauté en Syrie», dit Mme Ohanian.
Elle dit que ces années ont été très dures, qu'il a survécu en gardant des troupeaux de chameaux et de moutons pour les Kurdes, qu'il a été emprisonné plusieurs fois et qu'il est finalement devenu contrebandier de tabac puis de tissu entre la Syrie et la Turquie.
M. Khatchadourian a eu cinq enfants. Trois d'entre eux se sont installés à Laval. En 1977, il les a rejoint avec son épouse et y a vécu jusqu'à la fin de sa vie.
Mémoire
Mme Ohanian dit que le 24 avril dernier près de 8000 personnes s'étaient réunies à Ottawa pour commémorer ce centenaire et remercie le gouvernement du Canada d'avoir reconnu le génocide en 2004. Ensuite, la foule s'est dirigée vers l'ambassade de Turquie pour demander réparation.
Elle explique que ce qui compte n'est pas seulement le devoir de mémoire, mais la reconnaissance du génocide par la Turquie.
«C'est facile d'oublier le passé et de vivre sa vie en se disant que c'était il y a 100 ans», dit-elle.
Mais, elle réplique que le peuple arménien est très uni et que les plaies ne sont pas guéries.
«Nous ressentons tous la douleur de nos ancêtres», dit-elle.
Elle dit que la page ne peut pas être tournée tant que le gouvernement turc ne reconnaîtra pas ce qui s'est passé.
«Mon grand-père est décédé à l'âge de 105 ans et il n'a pas eu la chance de voir le gouvernement turc accepter la responsabilité de ses ancêtres», dit-elle.
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