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Trudeau avait été mis en garde au sujet de l'ACEUM dès la réélection de Trump

durée 13h32
26 mars 2025
La Presse Canadienne, 2024
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2024

WASHINGTON — Alors qu'il était encore premier ministre, Justin Trudeau a eu son premier entretien téléphonique avec Donald Trump, fraîchement réélu, pleinement conscient que le président américain cherchait probablement à remettre sur la table l'Accord Canada-États-Unis-Mexique. Ce coup de fil a eu lieu quelques semaines seulement avant que le président américain ne menace pour la première fois d'imposer des droits de douane dévastateurs pour l'ensemble de l'économie canadienne.

Une note d'information préparée en prévision de l'entretien téléphonique entre MM. Trudeau et Trump, le 6 novembre dernier, indiquait qu'il était peu probable que le président américain attende un examen officiel de l'accord commercial continental, également appelé ACEUM, en 2026.

Le Canada préférerait que cet examen soit aussi «restreint et ciblé que possible», selon la note. «Cependant, les responsables canadiens se préparent à divers scénarios potentiels en prévision d'une éventuelle tentative de révision de certains points de l'ACEUM, voire de l'accord dans son intégralité», précisait aussi le document.

La note d'information partiellement expurgée, obtenue par La Presse Canadienne grâce à la Loi sur l'accès à l'information, donne un aperçu des informations fournies à Justin Trudeau avant son entretien avec le président réélu.

La note proposait des points de discussion au premier ministre canadien et suggérait qu'il félicite Donald Trump pour sa «victoire électorale historique» et salue la «campagne exceptionnelle» du chef républicain.

Elle suggérait que Justin Trudeau dise à M. Trump qu'il se réjouissait de collaborer sur des questions commerciales et économiques, notamment l'ACEUM, la protection des oléoducs et des lignes de transport et le renforcement des chaînes d'approvisionnement afin de «réduire la dépendance envers des États hostiles».

La note d'information indiquait également que «la sécurité économique sera une priorité pour une administration républicaine», ajoutant que «c'est un enjeu qui transcende la politique économique et inclut la sécurité nationale».

Un compte rendu du cabinet du premier ministre à la suite de la conversation téléphonique de novembre indiquait que MM. Trudeau et Trump avaient discuté du «partenariat durable et fructueux entre le Canada et les États-Unis». Le compte rendu rapportait également qu'ils avaient discuté de «leur intérêt commun pour des chaînes d'approvisionnement sûres et fiables et de la lutte contre les pratiques commerciales déloyales dans l'économie mondiale».

Pas de données sur le trafic de fentanyl via le Canada

Mais le Canada est dans le collimateur de Donald Trump depuis. Le 25 novembre, le président américain a menacé pour la première fois d'imposer des droits de douane élevés et draconiens au Canada, liant ces droits au flux de fentanyl transfrontalier.

Les données du gouvernement américain montrent que le volume de fentanyl traversant la frontière nord est infime. Le rapport annuel d'évaluation des menaces, publié mardi, ne mentionne pas le Canada dans sa section sur les drogues illicites et le fentanyl.

Donald Trump et Justin Trudeau ont ensuite eu de multiples conversations supplémentaires, et celui qui était alors encore premier ministre s'est rendu à la résidence présidentielle de Mar-a-Lago, en Floride, à la fin de l'année dernière, afin d'empêcher l'imposition de droits de douane.

Le Canada a renforcé la surveillance des frontières, mais s'est finalement vu imposer des droits de douane généraux de 25 %, assortis d'une taxe réduite de 10 % sur l'énergie canadienne, au début du mois. Ces droits ont été partiellement suspendus quelques jours plus tard. Le locataire de la Maison-Blanche a également mis en place des droits de douane de 25 % sur toutes les importations d'acier et d'aluminium aux États-Unis, y compris en provenance du Canada, la semaine suivante.

Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national américain, a été interrogée sur le fentanyl et le Canada lors d'une audience devant la commission sénatoriale du renseignement, mardi. Elle a exposé que le Mexique représentait la menace la plus grave en matière de fentanyl et qu'elle ne disposait pas de chiffres concernant le Canada.

Donald Trump s'est plaint à plusieurs reprises des déficits commerciaux et a menacé de recourir à la «force économique» pour faire du Canada un État américain. Des responsables canadiens ont soutenu que ces droits de douane dévastateurs visaient à déstabiliser l'économie du pays afin de faciliter son annexion.

Des experts ont estimé que les prélèvements imposés au Canada et au Mexique servaient à perturber les deux pays avant la révision obligatoire de l'accord commercial trilatéral. Les menaces incohérentes et persistantes de droits de douane lancées par le président américain rappellent les négociations de l'ACEUM sous la première administration Trump.

Celui-ci a évoqué l'idée d'un droit de 25 % sur le secteur automobile canadien lors des négociations de 2018, mais cette idée n'a jamais été mise en œuvre. Il a toutefois utilisé ses pouvoirs en matière de sécurité nationale pour imposer des droits de douane de 25 % sur l'acier et de 10 % sur les importations d'aluminium. Près d'un an plus tard, le Canada et le Mexique ont pu négocier des exemptions et le nouvel accord commercial trilatéral a été signé pour remplacer l'Accord de libre-échange nord-américain, mieux connu sous l'acronyme ALENA.

Kelly Geraldine Malone, La Presse Canadienne