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Les universités adaptent leur programme de médecine au vieillissement

durée 10h00
5 avril 2025
La Presse Canadienne, 2024
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2024

MONTRÉAL — Le vieillissement de la population québécoise force les médecins à adapter leur pratique, car soigner un aîné est bien différent de soigner un jeune adulte. Les programmes universitaires en gériatrie peinent à combler les places disponibles, mais les départements de médecine s'affairent à mieux outiller les futurs médecins face aux besoins particuliers des personnes âgées.

Les aînés constituent la clientèle principale de la majorité des médecins spécialistes, incluant la médecine familiale.

Le directeur du programme de doctorat en médecine à l'Université Laval, Marc Bouchard, se rappelle que dans les années 1990, on lui parlait déjà d'un «tsunami gris» qui allait frapper le Québec. Il est d'avis que le tsunami est arrivé.

«Avec le vieillissement de la population, il y a de plus en plus de personnes âgées. Ces personnes âgées ont de plus en plus de comorbidités. Ça devient le pain et le beurre de la pratique médicale de tous», dit-il.

Le parcours universitaire des médecins est donc appelé à s'adapter aux personnes âgées parce que ces patients ont des particularités qui sont absentes chez les plus jeunes. Étant aussi chirurgien orthopédique, Dr Bouchard donne l'exemple d'un anti-inflammatoire qu'il voudrait prescrire à son patient aîné. «Ce n'est pas la même chose que de le prescrire à un athlète qui vient de se faire une entorse du genou. Les dosages vont être différents, les types de molécules vont être différents», explique-t-il.

Les médecins de famille s'en tirent bien

Les universités sont conscientes que les programmes de médecine doivent s'harmoniser avec le vieillissement de la population. Déjà, plusieurs ont modifié leur cursus pour y inclure plus de cours — pratiques, théoriques et en milieu clinique — axés sur les soins aux personnes âgées. Des facultés ont aussi ajouté des stages obligatoires en pratique gériatrique.

De plus, un accent est mis sur des situations cliniques qui touchent plus particulièrement les aînés, comme la fracture de la hanche, les troubles cognitifs, le delirium, la polypharmacie et d'autres syndromes gériatriques.

Les facultés de médecine doivent couvrir l'ensemble des programmes canadiens. C'est le Conseil médical du Canada qui établit en quelque sorte les bases qui doivent être couvertes à l'intérieur des programmes, mais chaque université peut ensuite l'ajuster à sa couleur.

Au Québec, le programme de médecine est offert par quatre facultés universitaires. Autant à l'Université de Montréal, l'Université McGill, l'Université Laval et l'Université de Sherbrooke, un programme en soins aux personnes âgées peut être réalisé après avoir complété une résidence en médecine familiale.

La Dre Julia Chabot, gériatre et vice-présidente de l'Association des médecins gériatres du Québec (AMGQ), fait l'éloge du travail des omnipraticiens. Selon elle, la formation de base en gériatrie qu'ils reçoivent leur permet de bien traiter les syndromes communs d'un aîné. «Là où est-ce que le rôle du gériatre entre beaucoup plus, c'est lors des situations un peu plus pointues», mentionne-t-elle. Par exemple, si l'évaluation cognitive d'un patient semble montrer quelque chose, mais qu'il ne s'agit pas d'un cas classique.

«Je pense qu'il y aurait toujours de la place pour faire plus de formation en gériatrie, considérant le vieillissement de la population, mais ceci étant dit, moi je suis toujours drôlement impressionnée par la prise en charge de mes collègues médecins de famille», affirme Dre Chabot.

Recrutement difficile

L'Université de Montréal offre un programme de gériatrie d'une durée de deux ans. Elle a réussi à combler toutes les places de ce programme à seulement trois reprises au cours des six dernières années. L'Université Laval arrive au même résultat avec un programme différent, soit la résidence en gériatrie qu'elle offre.

La Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke propose un programme postdoctoral en gériatrie. L'Université de Sherbrooke n'a jamais comblé l'entièreté des places disponibles dans ce programme au cours des six dernières années, mais il est à noter que sa faculté de médecine offre un nombre de places autorisées trois fois plus élevé qu'à Montréal.

La difficulté de recruter des étudiants en médecine dans les programmes de gériatrie n'est pas unique au Québec. Un peu partout au Canada, les facultés de médecine peinent à combler toutes les places dans ces programmes, selon la Dre Josée Filion, directrice du programme de gériatrie à l'Université de Montréal. Ses fonctions l'amènent à discuter quelques fois par année avec les autres directeurs de programmes des universités canadiennes qui offrent des cours de médecine.

Dre Filion a fait savoir qu'à Toronto, cette année, environ 50 % des postes disponibles dans les programmes de gériatries sont comblés, et en Colombie-Britannique, aucune des quatre places n'a trouvé preneur. «On essaie de mettre des stratégies justement pour augmenter l'attrait en gériatrie. Ça passe souvent par des stages électifs assez rapidement», indique-t-elle.

Elle croit aussi que d'éventuelles percées dans la recherche, entre autres en matière de santé cognitive, pourraient favoriser un attrait vers les soins aux aînés.

D'autre part, l'Association des médecins gériatre du Québec aimerait bonifier la formation à l'extérieur du cursus universitaire, en outillant mieux les différents professionnels, que ce soit les médecins de famille, les infirmières ou les autres professionnels de la première ligne. L'AMGQ affirme qu'elle est présente pour offrir plus de formations.

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Katrine Desautels, La Presse Canadienne