Le Canada pourrait être exclu d'une future mission de maintien de la paix en Ukraine
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Par La Presse Canadienne, 2024
OTTAWA — Le Canada pourrait avoir du mal à participer à une mission de maintien de la paix en Ukraine après un éventuel cessez-le-feu parce qu'il a manifestement pris parti dans le conflit, suggère un expert en affaires internationales.
Lors d'une visite à Kyiv à l'occasion du troisième anniversaire de l'invasion à grande échelle de la Russie lundi, le premier ministre Justin Trudeau n'a pas exclu de déployer des troupes canadiennes dans la région dans le cadre d'un éventuel accord de paix.
Mais cette décision ne revient pas entièrement au Canada.
Les principes directeurs des Nations Unies pour le maintien de la paix stipulent que les parties à un conflit – dans ce cas, l'Ukraine et la Russie – doivent s'entendre sur le déploiement de soldats de la paix. Ces principes édictent également que les pays qui envoient des soldats de la paix doivent être «impartiaux».
Le Canada aurait du mal à prouver cela, compte tenu de son soutien vocal à l'Ukraine et de ses contributions substantielles à sa défense, a indiqué David Perry, président de l'Institut canadien des affaires mondiales.
«Il serait difficile de voir quel genre de rôle le Canada pourrait réellement jouer en tant qu’observateur neutre ou arbitre de quoi que ce soit, a avancé M. Perry. Ce serait une situation dans laquelle les Russes auraient de bonnes raisons de dire que nous ne pouvons pas vraiment jouer un rôle indépendant parce que nous avons (été), encore une fois, pour toutes les bonnes raisons, partial envers l’une des parties dans le conflit actuel.»
Les principes de maintien de la paix de l’ONU indiquent que si l’impartialité est cruciale, les soldats de la paix ne doivent pas être neutres si l’une des parties compromet le processus de paix.
Le Canada et ses alliés ont condamné l’invasion de la Russie dès le début. Il a offert des fonds et de l’équipement à la défense de l’Ukraine et a gelé les avoirs russes.
La Russie empêche la paix, selon l'Ukraine
Orest Zakydalsky, conseiller politique principal du Congrès ukrainien canadien, a déclaré que la Russie est la partie qui empêche la paix dans la région.
«Nous sommes assez loin d'un stade où il pourrait même y avoir des soldats de la paix, et la raison en est non pas l'Ukraine, mais la Russie, a-t-il soutenu. La Russie a prouvé, je ne sais pas combien de fois, qu'elle cherche à détruire l'État ukrainien».
M. Zakydalsky croit que l'OTAN devrait se concentrer sur l'approvisionnement en armes de l'Ukraine pour qu'elle puisse se défendre et sur le renforcement de ses propres ressources militaires, maintenant que les États-Unis deviennent plus amicaux avec la Russie.
«Je ne pense pas que quiconque puisse dire que les États-Unis sont un allié fiable maintenant que les États-Unis sont même incapables de dire simplement qui a commencé cette guerre», a-t-il souligné.
Une contribution incertaine
M. Perry a dit que même si le Canada était invité à participer à une opération de maintien de la paix en Ukraine, il n'est pas sûr de la contribution qu'il pourrait apporter.
«Le niveau de préparation opérationnelle des Forces canadiennes est actuellement le plus bas depuis de nombreuses années, voire des décennies», a-t-il déclaré.
«Et d'un point de vue pratique, compte tenu de nos engagements en Lettonie et du manque de personnel dans l'armée canadienne en ce moment, je ne suis pas vraiment sûr de la manière dont nous pourrions réellement contribuer.»
Le Canada compte actuellement environ 1900 membres des Forces armées canadiennes déployés en Lettonie dans le cadre de l'opération REASSURANCE, une mission de l'OTAN destinée à dissuader l'agression russe en Europe de l'Est.
David Baxter, La Presse Canadienne