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«La guerre de l'eau a déjà commencé» avec les États-Unis, dit un expert

durée 17h16
23 mars 2025
La Presse Canadienne, 2024
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2024

MONTRÉAL — La rhétorique du président Trump à l'égard des ressources canadiennes en eau et son désir de se servir du «gros robinet» canadien pour contrer notamment la sécheresse dans le sud-ouest des États-Unis, menace plus que jamais cette richesse naturelle. Les 20% d'eau douce mondiale que possède le Canada sont désormais confrontés à une menace politique qui s'ajoute aux dangers environnementaux.

Pour le président et fondateur de l'organisme montréalais AquaAction, François de Gaspé Beaubien, il ne fait aucun doute que le discours du président Trump au sujet des ressources en eau du pays a déclenché une «guerre de l'eau».

«Il a dit clairement: 'Nous avons des besoins aux États-Unis et le Canada a l'eau douce qu'il nous faut, nous allons (donc) prendre l'eau douce du Canada', explique M. de Gaspé Beaubien. La guerre de l’eau a déjà commencé avec la déclaration du président Trump.»

Selon lui, le Canada vit actuellement une «crise immédiate de l'eau douce et nous devons agir immédiatement».

«Si on ne fait rien, je vous promets qu'ils vont venir la chercher parce qu'ils ont dit qu'ils allaient le faire, explique M. de Gaspé Beaubien. C'est à nous de ne pas juste nous défendre, mais d'améliorer la situation et de mettre des investissements derrière.»

Il insiste sur la nécessité que les élus canadiens aillent à la rencontre de l'administration américaine pour essayer de lui faire entendre raison et lui expliquer les répercussions sur les deux pays qu'un conflit autour de l'eau douce aurait.

Le président d'AquaAction espère ainsi que la question de l'eau douce se retrouvera au cœur des enjeux de la campagne électorale nationale.

«Il faut que les Canadiens fassent savoir à leurs élus que c'est primordial, pas juste pour notre santé, mais celle de nos enfants et l'avenir de nos enfants, donc c'est immédiatement qu'on doit agir, explique François de Gaspé Beaubien. Je demande à mes concitoyens de regarder ces élections fédérales et d'insister, quel que soit le parti que vous préférez, sur l'importance des eaux douces qu'il faut protéger, surtout en tenant compte de ce que le président Trump vient de dire déclarer.»

Il espère que le prochain premier ministre ira à la rencontre du président Trump pour faire respecter les ententes bilatérales entre les deux pays qui sont déjà en place.

«J'ose espérer que le prochain premier ministre mettra en place cette défense et cette protection des eaux douces», explique M. de Gaspé Beaubien.

L'enjeu des eaux partagées

Au delà de l'eau présente en Colombie-Britannique, le président Trump convoitise également celle des Grands Lacs, qui se situent sur la frontière entre les deux pays.

«Les États (Américains) qui partagent avec nous les Grands Lacs comprennent les enjeux, mais les autres gouverneurs qui sont dans des États qui n'ont pas accès aux Grands Lacs souhaitent, et je cite, 'mettre un gros tuyau et sucer l'eau des Grands Lacs' pour alimenter les besoins de leur État, explique M. de Gaspé Beaubien. Il faut que le premier ministre aille aux États-Unis et explique qu'il y a des conséquences, et ça doit être un partenariat, mais effectivement, si on ne fait rien, on va se faire avoir.»

Il se dit toutefois persuadé que les Américains réaliseront l'importance de l'eau douce, mais souligne l'importance de trouver des solutions sur le long terme pour protéger l'eau douce canadienne.

«Nous avons un énorme défi de l'eau douce, mais la bonne nouvelle, c'est qu'on peut le rectifier, on peut trouver des solutions», ajoute-t-il.

Il explique également qu'au delà des menaces politiques, l'eau douce est confrontée à d'autres enjeux tels que les accumulations d'algues vertes ou la pérennisation des infrastructures hydriques à travers le pays.

AquaAction est un organisme à but non lucratif visant à sensibiliser la population générale ainsi que les politiciens et le milieu des affaires, au défi de l'eau douce en Amérique du Nord.

L'organisme vise également à trouver des solutions en aidant de jeunes entrepreneurs qui s'efforcent à innover pour la protection de l'eau douce tout en favorisant l'intégration de leurs innovations au sein des municipalités.

Quentin Dufranne, La Presse Canadienne