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Fractures: les suppléments de calcium et de vitamine D sont potentiellement inutiles

durée 05h29
3 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — La plupart des personnes âgées qui prennent des suppléments de calcium ou de vitamine D pour réduire leur risque de fractures n'en ont probablement pas besoin et devraient en discuter avec leur professionnel de la santé, conclut une nouvelle revue systématique pilotée par un chercheur montréalais.

Ces recommandations ne s'appliquent toutefois pas aux personnes âgées dont les os sont fragilisés par de la médication ou un problème de santé, a précisé le pharmacien Olivier Massé, qui est notamment rattaché à l’unité de courte durée gériatrique de l’Hôpital du Sacré-Cœur.

«Il y a plein d'indications valides de prendre (ces suppléments), mais il y a aussi plein de patients qui les prennent sans grande raison, a dit M. Massé. Outre qu'ils se sont fait dire une fois qu'il fallait absolument prendre de la vitamine D et du calcium, ils n'ont pas d'indications très claires.»

M. Massé et ses collègues ont épluché soixante-neuf essais contrôlés randomisés regroupant un peu plus de 153 000 participants et qui ont évalué l'effet des compléments alimentaires à base de calcium ou de vitamine D – ou d'une association des deux – sur la réduction du nombre de fractures et de chutes, par rapport à un placebo ou à l'absence de traitement.

Sur la base des réductions du risque absolu et des seuils jugés cliniquement significatifs, écrivent les auteurs, «cette étude n'a mis en évidence que peu ou pas d'effets bénéfiques liés à la prise de suppléments de calcium, de vitamine D ou d'une combinaison des deux sur la prévention des fractures et des chutes».

Ces résultats, poursuivent-ils, «ne justifient pas la prise systématique de suppléments de calcium, de vitamine D ou d'une combinaison des deux pour prévenir les fractures ou les chutes».

Ils préviennent toutefois que «ces résultats ne sont peut-être pas généralisables aux personnes atteintes de troubles osseux spécifiques, ni à celles qui suivent un traitement médicamenteux contre l'ostéoporose ou qui prennent des corticostéroïdes à long terme».

En effet, a dit M. Massé, «le message clé, ce n'est pas que tout le monde qui prend du calcium ou de la vitamine D maintenant devrait nécessairement arrêter».

Il évoque notamment les patients qui prennent des médicaments pour l'ostéoporose ou des corticostéroïdes à long terme, ou encore les patients qui pourraient prendre ces suppléments pour des maladies osseuses ou des maladies endocriniennes précises, ou après une chirurgie bariatrique.

«Donc, il y a encore plein de bonnes raisons de prendre du calcium et de la vitamine D, a-t-il souligné. Nous, ce qu'on vient de démontrer, c'est que pour monsieur et madame tout-le-monde, peut-être que ce n'est pas si utile que ça de prescrire une supplémentation chez une population adulte.»

Les chercheurs invitent maintenant les cliniciens, les groupes d'experts chargés de l'élaboration des recommandations et les organismes de réglementation à «réévaluer leurs recommandations générales concernant la supplémentation en calcium et en vitamine D à la lumière des données actuelles».

D'autant plus, rappellent les auteurs de l'étude, «que les compléments alimentaires à base de calcium sont souvent difficiles à avaler et mal tolérés chez les personnes âgées, provoquant fréquemment des effets indésirables gastro-intestinaux tels que la constipation, des ballonnements, des douleurs abdominales ou des crampes».

«On est toujours en faveur d'un processus de décision partagé, a dit M. Massé, qui rappelle que la vitamine D se retrouve parmi les dix produits qui comptent le plus de réclamations à la RAMQ chaque année. Donc, surtout si les patients ont eu une prescription de calcium vitamine D, ça serait une très bonne idée de requestionner leurs professionnels de la santé à savoir si c'est toujours pertinent de continuer ou non.»

Mais chez les patients qui sont à plutôt faible risque, qui ne prennent pas de médicaments pour l'ostéoporose ou qui n'ont pas une indication médicale particulière, «la supplémentation de calcium et de vitamine D ne semble pas diminuer les fractures et les chutes», a-t-il conclu.

Les auteurs de l'étude rappellent que seuls l'activité physique – et plus précisément les exercices d'équilibre ou de résistance – et les traitements médicamenteux ont démontré une certaine efficacité pour réduire le risque de fractures.

Les conclusions de cette revue ont été publiées par le journal médical The BMJ.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne