Familles bilingues: les choix linguistiques de la mère sont deux fois plus importants


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Par La Presse Canadienne, 2024
MONTRÉAL — Pour qu’un enfant soit bilingue, les choix linguistiques de la mère sont beaucoup plus importants que la stratégie adoptée. C’est ce dont témoigne une étude de l’Université Concordia menée auprès de familles montréalaises.
En fait, peu importe la stratégie utilisée, la mère à deux fois plus d’influence sur l’apprentissage que le père, explique Andrea Sander-Montant, doctorante au Laboratoire de recherche sur l’enfance de Concordia.
Même qu’il n’y avait «pas vraiment une stratégie qui était meilleure que les autres stratégies pour avoir une quantité balancée des deux langues pour l’enfant».
La stratégie «un parent, une langue», qui est généralement la plus conseillée, n’est pas nécessairement meilleure, selon les résultats de l’étude. Mme Sander-Montant s’étonne tout de même qu’elle soit rarement utilisée dans les familles montréalaises – préférant plutôt un modèle où les deux parents parlent les deux langues.
Généralement, l’enfant doit communiquer au moins 25% du temps dans chaque langue tous les jours pour en faire l’apprentissage, note la chercheuse.
«Nous avons observé qu’aucune de ces stratégies ne nous renseignait sur ce que les enfants entendaient réellement à la maison», note la professeure Krista Byers-Heinlein du Département de psychologie de l’université et auteure responsable de la supervision de l’étude.
Les chercheuses ont pour hypothèse que les mères passent plus de temps avec leurs enfants, ce qui leur donne plus d’occasions de transmettre leur langue. La relation généralement plus intime que partagent traditionnellement les mères avec leur enfant a aussi un rôle, estiment-elles.
Parmi les 300 familles étudiées, 60 parlaient une langue autre que le français et l’anglais à la maison. Que cette langue soit partagée par les deux parents ou non, l’influence de la mère sur l’apprentissage de cette dernière était plus importante encore dans ces familles.
En plus du temps passé avec l’enfant, l’étude propose que des facteurs culturels puissent entrer en jeu, dont le fait que la transmission de la langue est souvent perçue par les mères comme leur responsabilité.
Les données utilisées dans l’étude ont été recueillies auprès des parents se présentant au laboratoire pour des raisons diverses entre 2013 et 2020. Un questionnaire leur était systématiquement remis, sans but précis autre que la collecte d’information.
Mme Sander-Montant estime qu’il serait important d’inclure les familles monoparentales et celles avec deux parents du même sexe dans une étude subséquente.
Alexis Drapeau-Bordage, La Presse Canadienne