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Cinq ans sans réponse pour la famille d'un homme d'affaires canadien détenu en Chine

durée 09h12
5 avril 2025
La Presse Canadienne, 2024
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2024

VANCOUVER — Wang Yan se souvient parfaitement de la dernière fois qu'elle a entendu la voix de son mari, il y a plus de cinq ans.

C'était le 13 décembre 2019. Li Yonghui, citoyen canadien, s'était rendu sur une place publique à Shijiazhuang, dans la province chinoise du Hebei, pour faire de l'exercice, tout en parlant à sa femme au Canada par téléphone portable.

«Soudain, l'appel a été interrompu, comme si quelqu'un lui avait pris son téléphone. J'ai appelé d'autres membres de ma famille (en Chine) et personne n'a su ce qui s'était passé», se souvient Mme Wang.

M. Li avait été arrêté par la police municipale, qui l'a accusé dans une publication sur les réseaux sociaux d'avoir «prétendument collecté illégalement des fonds publics» par l'intermédiaire de son entreprise Qingyidai, une plateforme de prêts entre particuliers.

Il est en détention depuis, sans jamais avoir été jugé ni condamné. Sa famille prend maintenant la rare décision de s'exprimer publiquement pour tenter de résoudre son cas.

Affaires mondiales Canada affirme avoir connaissance d'une centaine de Canadiens incarcérés en Chine.

Il est cependant rare que leurs familles s'expriment au Canada ou fassent pression pour que des décisions soient prises concernant leur situation.

Peu de nouvelles

Les autorités chinoises ont lancé une campagne de répression contre les prêteurs en ligne en 2019, mais Mme Wang maintient l'innocence de son mari dans l'exploitation de Qingyidai, que les médias chinois ont décrite comme la plus grande plateforme de ce type au Hebei.

«Bien sûr, nous le croyons innocent, mais s'il a enfreint certaines lois ou règles, veuillez le traduire en justice et le condamner, a demandé Mme Wang lors d'une entrevue avec La Presse Canadienne à Vancouver, où vit la famille de M. Li. Nous n'avons aucun scrupule à ce sujet (…), mais cela fait des années que rien ne se passe.»

Mme Wang a mentionné que M. Li n'avait reçu aucune visite au centre de détention du Hebei, hormis son avocat et le personnel de l'ambassade du Canada.

La fille de M. Li, Wandi Li, avait 21 ans lorsque son père a été arrêté. Elle regrette d'avoir «en quelque sorte grandi sans lui dans sa vie d'adulte».

«Mon père a l'habitude de ne pas vraiment parler de lui, a expliqué Wandi Li, se remémorant leur dernière conversation avant son arrestation. Il m'a simplement demandé ce qui se passait dans ma vie.»

«Je suis la benjamine de ma famille, alors on a toujours tendance à me cacher un peu de ce qui se passe», a-t-elle ajouté.

Affaires mondiales Canada a indiqué dans un courriel qu'il était au courant de la détention de M. Li et fournir une assistance consulaire, mais aucun détail supplémentaire n'a été divulgué pour des raisons de confidentialité.

Les commentaires de la famille de M. Li font suite à l'annonce faite le mois dernier par la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, que quatre Canadiens avaient récemment été exécutés par les autorités chinoises, tous dotés de la double nationalité et accusés de crimes liés à la drogue.

Un ancien détenu témoigne

L'ancien détenu chinois Michael Kovrig a déclaré par courriel qu'il conseillerait aux proches des détenus de «consulter un bon avocat chinois».

Il a également indiqué qu'il ferait pression sur le gouvernement canadien pour qu'il défende les intérêts du détenu et contacte des organisations de défense des droits de la personne, mais que cela pourrait contrarier les autorités chinoises.

«Il faut comprendre qu'il existe un risque que, si vous insistez pour obtenir une décision, le tribunal prononce une peine relativement sévère, a-t-il expliqué. Ce qu'ils veulent, c'est du repentir et des aveux, et ils pourraient être disposés à offrir une peine plus légère en échange. Ce serait à l'avocat de négocier cela.»

M. Kovrig et son compatriote canadien Michael Spavor ont été arrêtés par la Chine en 2018 et détenus pendant plus de 1000 jours, accusés d'espionnage dans une affaire que le gouvernement canadien a qualifiée de tentative fallacieuse de faire pression sur le Canada pour obtenir la libération de Meng Wanzhou, directrice de Huawei.

Mme Wang a avancé qu'elle ne pouvait pas commenter les récentes exécutions en Chine, car elle ne connaissait pas les circonstances de ces affaires.

Elle a toutefois indiqué que sa famille était de plus en plus inquiète, car la détention de M. Li se prolongeait et que des problèmes de santé étaient apparus. Elle a indiqué que son mari souffrait d'hypertension artérielle et que ses gardiens refusaient de le laisser consulter un dentiste.

Selon M. Kovrig, le fait que Mme Wang ne soit pas autorisée à parler à son mari concordait avec ce qu'il avait observé chez d'autres détenus chinois.

Bien que les conditions puissent varier d'un centre de détention à l'autre, les établissements chinois «ne répondent généralement pas aux normes fondamentales des Règles Nelson Mandela de l'ONU», a-t-il précisé, faisant référence aux normes minimales des Nations Unies pour le traitement des prisonniers.

«Les détenus sont généralement confinés dans une cellule avec un accès limité à un espace extérieur pour se déplacer, a-t-il expliqué. Accès très limité aux livres. Pas de médias. Pas de matériel d'écriture. Peut-être un peu de télévision le soir. Dormir sur une couchette dure dans une cellule surpeuplée avec plusieurs codétenus.»

La détention signifie aussi probablement une surveillance constante, des toilettes limitées et «aucune intimité», a ajouté M. Kovrig.

Wandi Li a dit garder espoir que son père revienne sain et sauf au Canada.

«Nous espérons simplement que la nouvelle se répande, car si davantage de personnes sont au courant, le gouvernement chinois sera peut-être un peu plus incité à prendre une décision et à libérer mon père», a-t-elle souligné.

Wang Yan a dit être consciente des risques liés à la dénonciation, mais tout ce qu'elle souhaite, c'est que les choses bougent et qu'il y ait une certitude dans le cas de son mari.

«Nous n'avons pas le choix», a-t-elle déclaré.

Chuck Chiang, La Presse Canadienne